Investir dans l’immobilier aux États-Unis attire chaque année davantage d’investisseurs français. Mais au moment de revendre, une question s’impose : quelle sera la fiscalité sur la plus-value ? La bonne nouvelle, c’est que la fiscalité américaine est conçue pour encourager la circulation du capital, pas pour la freiner.
Ce guide complet vous explique comment la plus-value immobilière est calculée et taxée aux USA, et surtout quelles sont les stratégies légales, reconnues par l’IRS, pour la réduire significativement, voire la reporter indéfiniment.
Qu’est-ce que la plus-value immobilière aux USA ?
La plus-value immobilière (ou capital gain) correspond à la différence entre le prix de vente net d’un bien et sa base de coût ajustée (adjusted cost basis).
La base de coût comprend :
- Le prix d’achat initial
- Les frais d’acquisition (closing costs)
- Les travaux d’amélioration (rénovations, extensions)
- Les frais légaux liés à la transaction
Exemple : Vous achetez un bien à Orlando pour 250 000 $, vous réalisez 30 000 $ de travaux. Votre base de coût est de 280 000 $. Vous revendez à 400 000 $. Votre plus-value brute est de 120 000 $.
La taxation selon la durée de détention
Le facteur le plus déterminant dans la taxation de la plus-value immobilière aux USA est la durée pendant laquelle vous avez détenu le bien.
Plus-value à court terme : Short-Term Capital Gain (< 1 an)
Si vous revendez un bien moins d’un an après l’avoir acquis, la plus-value est taxée comme un revenu ordinaire, selon le barème progressif fédéral américain :
Tranche de revenu imposable (célibataire, 2024) | Taux fédéral |
Jusqu’à 11 600 $ | 10 % |
11 601 $ – 47 150 $ | 12 % |
47 151 $ – 100 525 $ | 22 % |
100 526 $ – 191 950 $ | 24 % |
191 951 $ – 243 725 $ | 32 % |
243 726 $ – 609 350 $ | 35 % |
Au-delà de 609 350 $ | 37 % |
Source : IRS, Rev. Proc. 2023-34 (taux 2024)
Le court terme est donc la situation la moins avantageuse fiscalement et doit être évitée dans une stratégie patrimoniale structurée.
Plus-value à long terme : Long-Term Capital Gain (> 1 an)
C’est ici que la fiscalité américaine se distingue radicalement de la fiscalité française. Si vous détenez le bien plus d’un an, vous accédez au régime du Long-Term Capital Gain (LTCG), avec des taux bien inférieurs :
Revenu imposable (célibataire, 2024) | Taux LTCG fédéral |
Jusqu’à 47 025 $ | 0 % |
47 026 $ – 518 900 $ | 15 % |
Au-delà de 518 900 $ | 20 % |
Revenu imposable (couple marié, 2024) | Taux LTCG fédéral |
Jusqu’à 94 050 $ | 0 % |
94 051 $ – 583 750 $ | 15 % |
Au-delà de 583 750 $ | 20 % |
Source : IRS Publication 550, taux 2024
Un investisseur dont le revenu imposable total reste sous 47 025 $ peut donc revendre un bien et ne payer aucun impôt fédéral sur la plus-value. C’est un levier puissant, notamment pour les investisseurs étrangers dont les revenus américains sont limités.
Le Net Investment Income Tax (NIIT) : la taxe additionnelle à connaître
Pour les contribuables dont le revenu brut ajusté modifié (Modified Adjusted Gross Income) dépasse certains seuils, une taxe supplémentaire de 3,8 % s’applique sur les revenus de placement, dont les plus-values immobilières locatives :
- Célibataires : au-delà de 200 000 $ de revenu annuel
- Couples mariés : au-delà de 250 000 $
Source : IRS Section 1411, IRC
Pour la plupart des investisseurs français opérant à l’échelle d’un ou deux biens locatifs en Floride, ce seuil ne sera généralement pas atteint. Mais il doit être intégré dans les projections des patrimoines plus importants.
L’avantage Floride : zéro impôt d’État sur la plus-value
Aux États-Unis, la fiscalité se compose de l’impôt fédéral ET de l’impôt d’État. Or, la Floride ne prélève aucun impôt d’État sur le revenu, ni sur les plus-values immobilières.
C’est un avantage structurel majeur par rapport à des États comme la Californie (taux marginal d’État pouvant atteindre 13,3 %) ou New York. À Orlando, votre imposition sur la plus-value se limite donc au seul niveau fédéral.
La dépréciation immobilière : le point à ne pas négliger
Lorsque vous possédez un bien locatif aux USA, l’IRS vous permet de déduire chaque année une partie de la valeur du bâtiment (hors terrain) en tant que charge : c’est la dépréciation (depreciation). Les biens résidentiels sont dépréciés sur 27,5 ans.
Mais au moment de la vente, la dépréciation que vous avez déduite (ou que vous auriez pu déduire) est récupérée (depreciation recapture) et taxée à un taux maximum de 25 % — indépendamment de votre taux LTCG.
Exemple : Pour un bien de 300 000 $ (dont 50 000 $ de terrain), la valeur dépréciable est de 250 000 $. Sur 10 ans, vous avez déduit environ 90 909 $ de dépréciation. Lors de la vente, ces 90 909 $ seront taxés à la tranche imposable selon le revenu total. Estimé à $15,000 en déclaration pour un célibataire.
Ce mécanisme est souvent sous-estimé par les investisseurs étrangers. Une bonne tenue comptable avec un CPA (Certified Public Accountant) américain est indispensable.
Les stratégies légales pour réduire ou différer la plus-value
1. Le 1031 Exchange : reporter l’impôt indéfiniment
Imaginez que vous vendez une maison avec 80 000 $ de bénéfice. En temps normal, une partie de ce gain part en impôts. Avec le 1031 Exchange, si vous réinvestissez cet argent dans un nouveau bien, vous ne payez rien. L’impôt n’est pas annulé, il est mis en pause, et tant que vous continuez à réinvestir, il ne se déclenche jamais.
Les 4 règles à respecter :
- Le bien vendu et le bien acheté doivent être des investissements (pas votre résidence principale)
- Vous avez 45 jours après la vente pour désigner le bien suivant
- L’achat doit être finalisé en 180 jours
- Vous ne devez jamais toucher l’argent entre les deux transactions – un intermédiaire agréé le détient à votre place
- L’exclusion résidence principale : Section 121
Si le bien vendu est votre résidence principale (et non un investissement locatif), vous pouvez bénéficier d’une exclusion de plus-value :
- 250 000 $ d’exclusion pour un contribuable célibataire
- 500 000 $ pour un couple marié
Conditions :
- Avoir utilisé le bien comme résidence principale pendant au moins 2 des 5 dernières années
- Ne pas avoir utilisé cette exclusion dans les 2 années précédentes
Source : Section 121 IRC, IRS Publication 523
Ce mécanisme est davantage applicable aux Américains résidant dans leur bien. Pour les investisseurs étrangers avec des biens locatifs, c’est le 1031 Exchange qui sera l’outil privilégié.
- Le Step-Up in Basis : la transmission comme stratégie patrimoniale
Quand vous héritez d’un bien aux USA, le fisc américain fait quelque chose de surprenant : il remet les compteurs à zéro.
Exemple concret : votre parent a acheté un bien 200 000 $. Au fil des années et des réinvestissements, ce bien vaut aujourd’hui 600 000 $. Il décède en le possédant. Vous héritez et aux yeux de l’IRS, vous êtes considéré comme si vous l’aviez acheté 600 000 $ aujourd’hui. Si vous le revendez à ce prix, vous ne payez aucun impôt sur la plus-value. Les 400 000 $ de bénéfice accumulés pendant des décennies disparaissent fiscalement.
- Les Opportunity Zones : un régime en transition
Créées par le Tax Cuts and Jobs Act de 2017, les Qualified Opportunity Zones (QOZ) permettaient de réinvestir une plus-value dans un fonds dédié pour différer l’imposition et exonérer les gains générés au sein du fonds après 10 ans de détention.
Point d’attention important en 2026 : Le régime original (OZ 1.0) atteint sa date limite le 31 décembre 2026 — date à laquelle tous les gains différés dans le cadre de ce programme deviennent obligatoirement imposables, que le fonds ait été vendu ou non. Ce n’est donc plus un levier de deferral disponible pour de nouveaux investisseurs entrant aujourd’hui.
À partir de 2027 – OZ 2.0 : Le programme a été rendu permanent par le One Big Beautiful Bill Act avec de nouvelles règles. Pour les investissements réalisés après le 31 décembre 2026, le deferral devient glissant sur 5 ans à compter de la date d’investissement (et non plus lié à une date fixe), et l’exonération des gains au-delà des 10 ans de détention est maintenue.
Ce mécanisme s’adresse davantage aux investisseurs disposant de plus-values importantes, en lien direct avec un conseiller fiscal spécialisé.
Source : Section 1400Z-2 IRC, One Big Beautiful Bill Act (2025)
FAQ
En tant que Français, est-ce que je paie des impôts aux USA quand je revends ? Oui. Même sans être résident américain, vous êtes imposable aux USA sur la vente d’un bien qui s’y trouve. Et pour s’assurer que vous payez bien, l’État américain applique une règle automatique appelée FIRPTA : au moment de la vente, l’acheteur retient une partie du prix et la verse directement au fisc américain. C’est une sorte de caution fiscale, pas un impôt définitif.
Le taux de cette retenue dépend de la situation :
- 0 % si le bien est vendu moins de 300 000 $ et que l’acheteur en fait sa résidence principale
- 15 % entre 300 001 $ et plus
Bonne nouvelle : si l’impôt réellement dû sur votre plus-value est inférieur à ce qui a été retenu, vous êtes remboursé de la différence après avoir déposé votre déclaration fiscale américaine.
Le 1031 Exchange est-il accessible aux étrangers ? Oui, sans restriction. La nationalité ne joue aucun rôle seule la nature du bien compte.
Faut-il un numéro fiscal américain ? Oui. Pour déclarer une vente aux USA, vous avez besoin d’un ITIN qui est l’équivalent américain d’un numéro fiscal, spécifiquement créé pour les non-résidents. C’est une démarche administrative, pas un obstacle.
Est-ce qu’on paie deux fois en France et aux USA ? Non, en principe. Un traité fiscal signé entre la France et les USA prévoit que l’impôt payé aux USA vient en déduction de ce que vous devriez payer en France. Mais les règles d’application sont complexes : consultez un conseiller fiscal spécialisé en droit franco-américain avant toute revente.
Conclusion
La plus-value immobilière aux USA obéit à des règles fondamentalement différentes de la fiscalité française. La durée de détention, la nature du bien, et surtout la stratégie de sortie choisie ont un impact considérable sur la charge fiscale finale.


